Vers un renouveau (1988-1998)

En présentant sa première traction avant, Lincoln rattrape son retard technique sur le reste des constructeurs de luxe, notamment sur Cadillac et sur Lexus, dont les modèles connaissent un succès grandissant en Amérique. Face aux hésitations de Cadillac, Lincoln parvient, enfin, à inquiéter avec son rival en termes de ventes. Mieux, à la suite du remodelage complet de sa gamme, Lincoln est le premier à présenter un modèle 4x4, un créneau dont le marché se développe sérieusement aux dépends de celui de la berline traditionnelle. Enfin, Ford décide d’internationaliser la diffusion de sa marque de prestige en présentant une compacte développée avant tout pour l’exportation.

Prototypes et modèles de série.

L’année 1988 s’ouvre avec la présentation du coupé Machette au salon de Detroit. Prototype de salon, ce grand coupé à quatre places propose une interprétation moderne des lignes traditionnelles de la marque, avec une curieuse calandre à fanons.

Les modèles de série évoluent peu. La Town Car, disponible avec le V8 de 4,9 litres à 150 ou 160 chevaux, est tarifée de 24.373 $ en finition de base à 28.520 $ en finition Cartier. La Mark VII, au moteur à double injection de 225 chevaux, est disponible en deux finitions; Bill Blass ou LSC, à 26.380 $. Enfin, la Continental coûte entre 26.078 $ en finition Standard et 27.944 $ en finition Signature. Ses ventes atteignent 47.424 unités, un résultat digne d’intérêt pour sa première année complète de production.

Globalement, Lincoln retrouve enfin la santé, avec un niveau de vente total de 207.230 voitures en 1988, soit une hausse de 13,7 % par rapport aux 182.000 unités de 1987. De son côté, Cadillac réalise 265.030 ventes.

La gamme est reconduite en 1989 avec des résultats en progression, malgré une hausse des tarifs, avec 213.733 voitures vendues contre 293.589 pour Cadillac.

Remodelage d’un standard.

Au mois de septembre, Lincoln présente sa nouvelle Town Car. La nouveauté n’est qu’apparente; il s’agit toujours d’une grande voiture dans la pure tradition américaine avec un châssis séparé, une transmission classique à  propulsion, six places sur deux banquettes et un coffre gigantesque de 630 dm3. Reprenant le châssis du modèle précédant, l’empattement est, évidemment, celui de 2,98 mètres. La longueur atteint 5,60 mètres et la largeur 2 mètres! Son poids est maintenu à 1.800 kg. Dessinée en collaboration avec le studio de style anglais IAD, la nouvelle voiture conserve, à travers une allure moderne, ses lignes un peu guindées et ses petites vitres sur les panneaux de custode. La mécanique est le V8 bien connu de 4,9 litres, toujours proposé en deux versions revitalisées, à 192 ou 212 chevaux. Le prix est établi autour des 30.000 $.

Pour l’année 1990, c’est l’ensemble des moteurs qui reçoit des chevaux supplémentaires. Le V6 de la Continental développe désormais 157 chevaux et le V8 de la Mark VII 228 chevaux.

Avec la nouvelle version de son modèle phare, Lincoln se rapproche de Cadillac comme jamais jusque là. La production de 1990 atteint 222.532 unités pour Lincoln et 252.540 unités pour Cadillac. Modèle par modèle, les situations sont assez proches; Lincoln produit 145.845 Town Car contre 162.091 Cadillac De Ville et Fleetwood, 58.659 Continental et 18.028 Mark VII contre 22.048 Eldorado. Mais Lincoln ne dispose ni de limousine ni d’un cabriolet de prestige comme l’Allanté.

Les gammes des deux années qui suivent sont identiques, mais, une fois de plus, les chiffres de production s’orientent à la baisse et l’écart avec Cadillac se creuse. En 1992, la production est revenue à 168.556 exemplaires (contre 221.112 Cadillac), avec 117.789 Town Car, 39.299 Continental et 11.468 Mark VII. Il est grand temps de terminer le remodelage de la gamme commencé cinq ans avant.

Une nouvelle Mark.

C’est au salon de Detroit, en janvier 1993, que Lincoln présente la nouvelle Mark VIII, un coupé à la ligne et à l’habitacle séduisants, sur 5,25 mètres de long et 1,85 mètre de large. Tout en conservant une vocation de coupé confortable, la Mark VII dispose d’une technique élaborée, avec une nouvelle génération de suspension pneumatique pilotée. Le moteur est le V8 de 4,6 litres à 32 soupapes développant 284 chevaux. La vitesse est limitée électroniquement à 215 km/h.

Les Continental et Town Car sont légèrement retouchées et présentent de nouvelles calandres et de nouveaux pare-chocs. Leurs dimensions sont respectivement réduites à 5,26 mètres et 5,56 mètres. La Town Car voit sa largeur ramenée à 1,95 mètre. Les moteurs sont portés à 162 chevaux pour le V6 de la Continental et à 193 ou 213 chevaux pour le V8 de la Town Car.

Commercialement, les ventes remontent à 184.403 unités (contre 214.807 pour Cadillac). Mais ce bon résultat est dû à l’excellent accueil de la Mark VIII, dont 35.688 exemplaires séduisent les acheteurs. Les deux autres modèles reculent, à 114.491 exemplaires pour la Town Car et à 34.224 exemplaires pour la Continental.

Cette situation préoccupe suffisamment les dirigeants de la division pour qu’ils songent à remplacer la Continental dont l’introduction remonte à six ans. En précurseur, la division présente le prototype « Contempra » au salon de Detroit de 1994.

L’image de marque de Lincoln n’est pourtant pas affaiblie. A l’occasion d’un sondage effectué par le quotidien « USA Today », la Town Car est élue « voiture de rêve des américains » devant une brochette de voitures de sport européennes!

La sixième génération de Continental.

La nouvelle Continental est donc présentée au début de 1995. Sa carrosserie est toujours celle d’une élégante berline à six glaces, mais avec un coefficient aérodynamique Cx de 0.32! Dans le domaine du confort, le système MPS permet au conducteur de programmer douze paramètres; puissance de la direction assistée, fermeté des suspensions, présélection de la chaîne hi-fi, intensité lumineuse du tableau de bord, réglage des sièges... Une seule note détonne, l’inspiration trop japonaise de la planche de bord.

Pour mieux affronter la Cadillac Séville, et son célèbre moteur « Northstar », la Continental récupère le V8 de 4,6 litres de la Mark VIII, dans une version plus sage de 260 chevaux.

Pour sa part, la Town Car reçoit une nouvelle planche de bord et quelques retouches esthétiques. Seul la version à 213 chevaux du V8 est disponible pour cette institution présentée en trois niveaux de finition; Executive, Signature et Cartier.

Enfin, la Mark VIII subit, elle, quelques retouches intérieures et elle est équipée d’une nouvelle centrale de contrôle électronique qui commande la dureté des suspension et la hauteur de la caisse.

Pour la première fois, Lincoln bat son rival sur le marché du coupé personnel de luxe; la Mark VIII se vendant mieux que la Cadillac Eldorado ou que la Lexus SC 400!

Du côté des prototypes de salon, Lincoln connaît une période faste. Après la Contempra de 1994, la division s’essaye au concept du cabriolet à deux places en présentant l’étonnante « L2K » aux divers salons de 1995.

Et Lincoln récidive en 1996 en exposant la « Sentinel », une version particulière de la Continental, due au nouveau chef du style du groupe Ford, le français Claude Lobo, qui propose ainsi la vision de son « edge design » sur la plus prestigieuse des voitures du groupe.

Diversification tous chemins.

L’apparence des Lincoln est retouchée pour 1997 mais les calandres de la Continental et de la Mark VIII y perdent leur élégance. Le moteur de la Mark VIII atteint désormais 294 chevaux. Mais cette année est caractérisée par l‘introduction de la Lincoln Navigator, un énorme véhicule 4x4 dérivé du Ford Expedition, dont il reprend le V8 de 5,2 litres et 230 chevaux!

Si on excepte Mercedes, qui produit son Model G 4x4 depuis 1979, et Rover, dont la division Range ne se consacre qu’à ce type de véhicule, le choix marketing de Ford est révolutionnaire. Pour la première fois, un constructeur habitué aux berlines de grand luxe lance un modèle tout-terrain. En cela, Ford ne fait qu’institutionnaliser le choix de nombreux clients qui délaissent les berlines traditionnelles pour des engins plus exclusifs; le développement du marché des « SUV » en Amérique est caractéristique. Monospaces, 4x4 et pick-up prolifèrent au détriment des voitures classiques.

Après l’incroyable arrivée du Navigator au mois de janvier, Lincoln continue d’étonner le monde de l’automobile en présentant sa nouvelle Town Car de 1998 au mois de mars 1997.

Disposant d’une nouvelle plate-forme, version allongée de celle des Ford Taurus et Mercury Sable, la nouvelle Town Car a un empattement de 3 mètres et une longueur réduite à 5,47 mètres. Son moteur est le V8 de 4,6 litres de 203 ou 223 chevaux.

Et pour conclure une année très prolifique, Lincoln présente la « LS », ou « Luxe Sport », une nouvelle voiture conçue en collaboration avec la future petite Jaguar, et destinée en priorité à l’exportation et à fournir un modèle de haut de gamme à la filière européenne de Ford. Cette Lincoln LS est prévue en deux versions; LS6 à moteur V6 de 3 litres à 24 soupapes et LS8 à moteur V8 de 3,9 litres et 32 soupapes.

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