Packard Twelve

Première époque : août 1931 – août 1934

 

Pour Packard, le V12 est un moteur bien connu avant les années 1930 puisque de 1915 à 1923 la marque a produit 35 046 exemplaires de sa luxueuse « Twin Six », une magnifique voiture motorisée par un moteur de 7 litres développant 92 ch. dans son ultime évolution, et seul modèle produit par la marque au cours de ces années[1].

1915 packard 1 35 twin six seven passenger touring

Si, comme le V8 de Cadillac, ce moteur n’est pas une innovation de la marque, il s’agit du premier moteur de ce type fabriqué en grande série ; et son succès commercial est considérable sur le marché des voitures de luxe où Packard devance largement Cadillac.

Moteur v12 de 1916

L’apparition du moteur à 8 cylindres en ligne  (un moteur de 5,9 litres et 84 ch.) en juin 1923 porte un coup fatal au V12 … jusqu’à ce que la marque projette d’y revenir avec une voiture à traction avant ! Mais les déboires de la Cord L29 incitent à faire montre de prudence et la firme s’en tient finalement à un sage conservatisme.

La nouvelle Packard V12 est présentée en au salon de New York en janvier 1932 pour prendre sa place au sein de la 9° Série. Elle reprend le nom de sa devancière : « Twin Six ».

1932 packard 906 dietrich gene sarazen et mrs alvan macauley

Alvan Macauley remettant les clés de sa Twin Six au golfeur Gene Sarazen

 

Mécanique.

Jesse g vincent

Conçu comme son prédécesseur par Jesse Gurney Vincent, l’ingénieur en chef de Packard depuis 1910, le nouveau moteur V12 adopte une ouverture à 67°, de façon à réduire les vibrations harmoniques. Le bloc est en fonte, les culasses et les pistons en aluminium. Les soupapes sont latérales ; elles sont actionnées par des culbuteurs à poussoirs hydrauliques commandés par un arbre à cames placé au centre du V. Le vilebrequin repose sur quatre paliers. L’alimentation est confiée à un carburateur Stromberg Duplex à double corps avec starter automatique. Le circuit de refroidissement a une capacité de 32 litres et le carter contient 9,46 litres d’huile : le moteur est en plus équipé d’un radiateur d’huile. Avec un alésage de 87,3 mm et une course de 101,6 mm, la cylindrée est de 7 292 cm3. Le taux de compression est de 5,8 :1. La puissance atteint ainsi 160 ch. à 3 200 tr/mn, ce qui en fait le V12 le plus puissant du marché (et le régime de rotation maximal est de 4 500 tr/mn, ce qui est rare à cette époque).

La Twin Six utilise les mêmes châssis que les Packard à 8 cylindres. L’empattement est donc de 3,62 m en version normale et de 3,75 m en version longue, et les voies font 1,51 m. Leur architecture est des plus classiques avec des suspensions à ressorts semi-elliptiques et des essieux rigides à l’avant comme à l’arrière. Les amortisseurs sont réglables sur trois positions depuis le tableau de bord et la lubrification est automatique. Les freins sont à câble avec un servo à dépression Bendix, et ils sont également réglables depuis le tableau de bord (en fait le réglage est celui de la dureté de la pédale !). Le réservoir d’essence contient 121 litres.

Performances.

La boîte de vitesse est une nouvelle boîte Packard à trois rapports, dont les deux supérieurs sont synchronisés. Le poids moyen du châssis est de 1 990 kg, ce qui, avec une carrosserie de cabriolet, amène le poids minimale d’une Packard Twin Six à 2 500 kg. Dans ces conditions, la première monte à 45 km/h, la seconde à 80 km/h et la vitesse maximale est d’environ 150 km/h (et si une Sedan aurait été chronométrée à 162 km/h, les catalogues de la marque indiquent une vitesse de 136 km/h (85 mph)). Les 400 m départ arrêté sont atteints en 22 secondes et les 1 000 m en 42 secondes. La consommation est au minimum de 19 litres aux cent kilomètres, et la moyenne oscille entre 25 et 30 litres.

Carrosseries.

Si l’usine présente une gamme complète de carrosseries, les caractéristiques de la Twin Six ne laissent pas insensibles les grands carrossiers américains. Brunn, Dietrich, LeBaron, Rollston et les autres rivalisent de génie et de grandeur pour construire quelques unes des plus belles voitures de tous les temps, celles qui vont servir à définir « l’ère classique » de l’automobile américaine. Les carrosseries usine sont baptisées ‘Standard’, celles des carrossiers autorisés ‘Custom’. Le catalogue de la marque présente 10 carrosserie sur châssis normal et 11 sur châssis long.

Toutes les Packard Twin Six sortant d’usine, qu’elles soient carrossées ou non, reçoivent un équipement assez original à l’époque : une radio, qui trône au milieu de la planche de bord en faux bois. Elle est entourée par le compteur de vitesse dans lequel est incorporé un compte tours (qui ne fonctionne qu’avec la 3° vitesse), le témoin de pression d’huile et le témoin de température d’eau, et de l’autre côté, l’ampèremètre, la montre, les indicateurs de niveau d’huile et d’essence, l’allume cigare et le démarreur. De part et d’autre de cet ensemble sont placées deux petites boîtes à gants dont une est occupé par le transformateur à vibreur qui permet de fournir les 280 V nécessaires pour la radio à partir des 6 V de la batterie.

L’inscription « Twin Six » figurent sur les enjoliveurs de roues.

1932 packard twin six 906 dtrch

Carrière commerciale.

Affichée à partir de 4 000 $, la Packard Twin Six ne coûte que 100 $ de plus que sa sœur à 8 cylindres. Cependant, les tarifs s’envolent très rapidement et une Twin Six carrossée en Phaeton Sport par Dietrich coûte 6 500 $ alors que la même carrosserie sur châssis Super 8 ne coûte « que » 5 800 $. Cette 9° Série est marquée par un changement dans la dénomination des modèles. Packard abandonne son système de désignation en fonction de l’empattement pour attribuer un numéro particulier à chaque modèle. La Twin Six reçoit ainsi la désignation 905 pour sa version à empattement normal et 906 pour le châssis long.

1932 packard twin six convertible victoria

Le style général de ces voitures représente l’archétype de l’automobile classique américaine. La version Convertible Victoria en est la quintessence même. La production de la Twin Six au cours de la 9° Série (i.e. de juin 1931 à juillet 1932) est de 549 exemplaires (311 châssis normaux et 238 châssis longs) … très loin des 1700 Cadillac Séries 370 produites dans la même période.

Avec la 10° Série (du 1° août 1932 au 20 août 1933), la Twin Six devient plus simplement Packard Twelve et ses désignations usine deviennent 1005 et 1006. La gamme démarre à un tarif réduit à 3 650 $. Le catalogue ne présente plus que 9 carrosseries sur châssis normal et 10 sur châssis long dont 2 Standard, 6 Custom par Dietrich et 2 Custom par LeBaron. Le style extérieur se caractérise par l’apparition de bavolets sur le côté des ailes.

1933 packard twelve sport phaeton

Sport Phaeton, Dietrich

Dans le but d’améliorer la ventilation de l’habitacle, les Packard de cette série adoptent des vitres coulissantes le long de la portière et non plus montantes et descendantes. De plus, les vitres de custode des modèles à 6 glaces font office de déflecteurs. En option, l’acheteur peut commander un phare chercheur sur les carrosseries fermées (il est monté en série sur les carrosseries ouvertes), et la liste des options comprend le chauffage, les doubles roues de secours, le pare-chocs arrière et le moteur peut être équipé d’un amortisseur anti-vibration ! La production est de 520 exemplaires.

1934 packard de clarck gable

Runabout Speedster

Avec la 11° Série (du 21 août 1933 au 30 août 1934), la Twelve est proposée sur un châssis court de 3,53 m d’empattement (type 1106), sur lequel LeBaron crée un superbe Runabout Speedster à 2 places dont Carole Lombard achète un exemplaire (à 7 746 $) pour l’anniversaire de son mari, Clark Gable, alors que l’usine crée un Sport Coupé à 4 places.

1934 packard twelve sport coupe

Sport Coupe

Le modèle à empattement normal devient le type 1107 et il est proposé en 11 carrosseries usine. Le châssis long (type 1108) est proposé quant à lui en 12 carrosseries mais dont 2 seulement sont fabriquées par l’usine (une Sedan à 7 places et une Sedan Limousine à 7 places), tandis que 3sont réalisées par LeBaron (une All Weather Town Car et un All Weather Cabriolet, tous les deux à 6 155 $, et un Sport Phaeton à 4 places et 7 065 $). Les 7 autres sont réalisées par Dietrich (un Convertible Runabout 2/4 places, un Stationary Coupé 24 places, une Convertible Victoria 4 places, un Sport Phaeton 4 places, une Sport Sedan 5 places, une Convertible Sedan 5 places et une All Weather Town Car 7 places, avec des tarifs allant de 5 180 $ à 7 060 $). Le style général ne souffre pas de grands changements, mais un détail permet de reconnaître les Twelve de cette série ; le verre en étrave des phares avant (les modèles précédents ont des verres plats, et les modèles postérieurs des phares en forme de goutte d’eau). Par ailleurs, les vitres redeviennent montantes et descendantes, mais des déflecteurs sont installés sur toutes les portes. Enfin, les ailes avant enveloppent complètement les roues jusqu’au niveau des pare-chocs et les bavolets d’ailes descendent plus bas, de manière quasi horizontale. La production de la Twelve atteint son niveau record, avec 960 unités, contre 952 Cadillac V12 … et 125 Cadillac V16.

1934 packard twelve


[1] C’est une de ces voitures véhiculant un général de l’armée américaine en Italie en 1918 qui influencera le jeune Enzo Ferrari à construire des moteurs à la même architecture quelques années plus tard.

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