Cadillac V16

Cadillac V16

(première époque : 1930-1933)

 Embleme v16 1

A la fin des années 1920, les grandes marques américaines ne jurent plus que par les moteurs à 8 cylindres, en ligne pour les uns (Duesenberg, Packard, Pierce-Arrow, Sutz) ou en V pour les autres (Cadillac, Lincoln, Peerless). Et bien que des rumeurs vont bon train à Detroit sur la présentation imminente de nouveaux modèles à 12 cylindres, le monde de l’automobile est encore subjugué par le 8 en ligne de 265 ch de la Duesenberg Model J présentée en 1929.

C’est donc devant une assistance ébahie que Cadillac présente en janvier 1930 son nouveau haut de gamme, la Série 452, équipée d’un moteur à … seize cylindres !

La surprise est totale car depuis des années, tous les autres constructeurs sont persuadés que la marque va présenter un 12 cylindres. En réalité, Lawrence P. Fisher, le directeur général de Cadillac, s’est arrangé avec Owen Milton Nacker, le responsable de l’étude du moteur, pour faire croire que Cadillac travaillait sur un douze cylindres : toutes les études techniques et les calculs de prix de revient effectués en dehors du bureau de Nacker se référaient uniquement à un moteur V12. Mais en fait, Nacker dessine les deux moteurs en même temps, ce qui permet une très grande interchangeabilité des pièces entre eux. Et Cadillac présente effectivement un douze cylindres, en septembre 1930.

Une mécanique d’exception.

 Moteur v16 1

Le moteur qui se cache sous le capot des premières Cadillac 452, en plus d’être beau et imposant, est un véritable régal pour les yeux avec du chrome, de l’émail, de la porcelaine et de l’aluminium poli. Un carter géant moulé en aluminium sépare les deux rangées de huit cylindres par un angle de 45°, les culasses sont recouvertes par des couvre-culasses nervuré, les collecteurs d‘échappement cachent le circuit électrique et les accessoires sont placés de façon discrète. Tout ce « styling » du moteur est unique et il reflète l’intérêt que porte la division pour donner au moteur une apparence aussi plaisante que possible.

Les seize cylindres de 76,2 mm d’alésage (3 pouces) et de 101,6 mm de course (4 pouces) donnent une cylindrée totale de 7 407 cm3, (452 pouces cubiques, d’où l’appellation du modèle). La puissance maximale est de 175 ch à 3 400 tr/mn, mais des essais effectués sur banc à l’usine ont indiqué près de 200 ch. Le vilebrequin est soutenu par cinq paliers et il n’est pas plus long que celui d’un huit cylindres en ligne. Les forces d’inertie sont minimales et les charges des paliers sont limitées au poids des pièces et aux forces d’impulsion. Ce vilebrequin en acier forgé pèse 59 kg et demande un équilibrage précis pour éliminer les vibrations de torsion. Les vibrations résiduelles sont absorbées par un balancier harmonique.

Le carter, en alliage d’aluminium et de silicium, est traité à chaud pour avoir une résistance maximale. Il est suspendu au châssis en cinq points posés sur silentblocs. Les bielles sont forgées en acier mobylibdène et sont dessinées pour soutenir des vitesses élevées. La lubrification est assurée à leur base par des trous calibrés sur le vilebrequin. Les pistons sont en alliage de fer et de nickel ; l’utilisation du même alliage pour les pistons et les blocs-cylindres assure une dilatation égale et évite les problèmes d’électrolyse. Montés avec soin, ces pistons sont destinés à un usage calme et sans broutage ; ils possèdent trois bagues de compression au sommet et une bague d’étanchéité à la base.

Les culasses démontables comportent des soupapes en tête et des culbuteurs actionnés depuis l’arbre à cames central par des poussoirs hydrauliques. Le choix des soupapes en tête a été dicté par le manque de largeur du capot. En série, le taux de compression est de 5,5 : 1, mais il est possible d’obtenir des culasses à taux plus bas en option.

Un seul distributeur à deux groupes de points de contact a été spécialement dessiné pour le V16 ; le courant est fourni par deux bobines montées au-dessus du radiateur où elles sont protégées de la chaleur du moteur. L’avance à l’allumage est contrôlée par un régulateur automatique réglé par le régime du moteur, un équipement que Cadillac propose depuis 1926. Comme il est rarement demandé, le contrôle de l’allumage est relégué à sa place originelle, sur la colonne de direction au tableau de bord.

Cadillac a eut beaucoup de mal à installer le système de refroidissement de son V16. En effet, ce système a une capacité de 25 litres, de très grosses canalisations et une énorme pompe centrifuge. La lubrification  a été elle aussi soigneusement étudiée : le V16 a un réservoir d’huile de 9,5 litres avec une jauge liquide sur le carter.

Le système d’arrivée d’essence, unique mais fiable, utilise un réservoir à dépression et un carburateur pour chaque rangée de cylindre que les réservoirs, grâce à des collecteurs et une pompe mécanique à dépression, alimentent dans n’importe quelle condition. Les deux carburateurs droits sont des versions améliorées de ceux qui existent depuis quelques années déjà chez Cadillac.

Les carrosseries.

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Pour habiller une mécanique aussi impressionnante, Cadillac dispose du talent des dessinateurs de l’Art and Color Section d’Harley J. Earl et du savoir faire de Fleetwood, son carrossier attitré au sein du groupe GM. Naturellement, il y a un air de famille entre toutes les Cadillac et le modèle V16 ressemble beaucoup aux modèles V8, mais en plus grand et en plus luxueux. Et le style exotique et le prodigieux niveau d’équipement des carrosseries Fleetwood des années trente sont difficiles à égaler pour les firmes concurrentes. En raison du vaste choix de carrosseries proposées sur le catalogue de l’usine, très peu de clients choisissent de faire carrosser leur châssis à l’extérieur.

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Le châssis est disponible en deux empattements de 3,63 m et de 3,78 m (le modèle V8 dispose d’un empattement de 3,55 m). A l’origine, Fleetwood propose vingt carrosseries pour le V16 : des roadsters, des phaétons, des cabriolets, des victorias, des coupés, des berlines, des impériales et des limousines. Les prix s’échelonnent de 5 500 $ à 7 500 $. Les modèles les plus intéressantes sont ceux appelés « Madam X » (du nom du mystérieux personnage féminin d’une pièce populaire de 1929), dont le pare-brise est constitué en une seule pièce audacieusement inclinée ou en deux parties en évent. Quelques unes de ces « Madam X » se distinguent par leurs volets de capot en acier brossé à la place des modèles normaux peints. D’autres ont leur instrumentation et leurs roues à rayons acier dorés à l’or fin ...

Le dessin du capot est légèrement retouché pour 1932 avec la mise en place de 7 volets sur chacun de ses côtés. Les modifications sont un peu plus importantes pour 1933 avec l’apparition de bavolets sur les ailes, d’une calandre en V et de phares en forme d’obus. Les vitres avant et arrière reçoivent des déflecteurs, ce qui améliore le système de ventilation de l’habitacle. Les côtés du capot sont équipés de 2 volets et de 3 fentes horizontales dont le motif est repris graphiquement par trois barrettes chromées sur le bas des ailes.

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Performances.

Avec un rapport de pont de 3,47:1 (qui est abandonné au milieu de l’année car la conduite à vitesse élevée est impossible sur la plupart des routes de l’époque) et une carrosserie de roadster, la Cadillac V16 atteint plus de 160 km/h. Mais de façon plus générale, une voiture à carrosserie 7 places pesant près de 3 tonnes et équipée d’un rapport de pont de 4,07 : 1 a une vitesse de pointe de 145 km/h.

Les chiffres de consommation sont de l’ordre de ceux des grands breaks américains de la fin des années 1960 : 23 litres aux cent kilomètres sur route et 29 litres en ville. Mais, les acheteurs de Cadillac V16 font certainement partie de ces gens qui ne sont nullement préoccupés par ces questions d’économies.

L’essentiel n’est pas là. La Cadillac V16 est d’abord conçue pour éviter toute fatigue à son conducteur et à ses passagers. Le couple du moteur 16 cylindres permet d’ailleurs de limiter les changements de vitesse au minimum. La voiture peut circuler uniquement en prise directe ! Cadillac explique ainsi que la puissance du moteur arrive en « un flot continu … disponible en permanence … à volonté … et de façon constante ». L’automatisme n’est pas loin.

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Carrière commerciale.

Au cours de ses 8 mois de production, la Cadillac Série 452 est produite en 2 887 exemplaires. Il s’agit d’un réel succès commercial, et c’est 400 à 500 voitures qui quittent chaque mois l’usine Fleetwood. Elles sont principalement commandées en versions fermées et les versions limousine et imperial représentent les deux tiers de la production. Les carrosseries ouvertes n’en représentent qu’un cinquième, et les coupés le reste.

Mais en raison de la crise économique, le marché s’effondre à la fin de l’année et en 1931, la production de la Series 452 A n’atteint que 363 exemplaires, puis c’est une chute sans fin ; la Série 452 B de 1932 n’est produite qu’à 296 exemplaires, et la Series 452 C de 1933 à 125 exemplaires seulement. Cette année là, chaque voiture est équipée d’une plaque sur le tableau de bord qui indique son numéro de série et le nom de son propriétaire.

Au final, la première génération de Cadillac V16 est produite à 3 671 exemplaires, soit d’avantage que n’importe quelle autre 12 cylindres produite par ses concurrents au cours des trois années suivantes. C’est ce modèle qui installe véritablement Cadillac comme la marque de prestige américaine de référence…

 

 

 

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