Auburn

1933 auburn v 12

1932-1934

 

Les origines d’Auburn remontent à 1900 quand les frères Franck et Morris Eckart reprennent la firme de leur père et qu’ils la rebaptisent du nom de la ville de l’Indiana où ils sont installés. Ils présentent leur première voiture en 1903 et ils développent une gamme complète au cours des dix années qui suivent. Auburn est un petit constructeur, et ses voitures, concurrentes des Buick, offrent une fabrication robuste et de qualité. La marque est rachetée par Ralph Bard en 1919 mais son plan de redressement à partir de la « Beauty Six » à moteur à 6 cylindres est un échec.

1919 auburn beauty six

En 1924, il appelle à la rescousse Erret Lobban Cord, qui vient de sauver la firme Moon de la faillite. Grâce à une énergique campagne publicitaire, les ventes redémarrent. La nouvelle voiture (la 8-88) reçoit un moteur Lycoming à 8 cylindres en ligne de 88 ch. et des carrosseries de la Limousine Body Company de Kalamazoo (Michigan), plus connue sous le nom de « La Grande » ; deux firmes rachetées par Cord. En 1926, à l’âge de 32 ans, Cord prend le contrôle complet d’Auburn et en fait le socle de son empire industriel. Grâce à sa politique, les ventes passent de 6 000 unités en 1927 à 15 000 en 1927 et la marque acquiert une image sportive grâce à diverses participations à des courses et à des records d’endurance, ce qui lui permet d’augmenter ses ventes, en partie à l’exportation, et d’étendre son réseau de concessionnaires. Enfin, en 1927, Auburn lance la carrosserie la plus célèbre de son histoire, le « Boattail Speedster », dont l’arrière reprend la forme de la carène d’un bateau et dont le dessin est dû au comte Alexis de Sakhnoffsky, un dessinateur talentueux que Cord vient de recruter.

1928 auburn side view framed

Et c’est ainsi que, après avoir lancé simultanément l’automobile la plus luxueuse du marché avec la Duesenberg J et la plus moderne, avec la L-29 à traction avant qui porte son propre nom, Cord décide de présenter un nouveau fleuron de l’automobile à moteur à 12 cylindres. Initialement, il souhaite d’ailleurs que ce nouveau moteur équipe sa traction avant. Mais les premières études démontrent la difficulté d’un tel mariage, à une époque où les premières Cord L-29 vendues au public rencontrent des problèmes mécaniques importants[1]. Sagement, Cord décide alors de confier le 12 cylindres à Auburn.

Mécanique.

Ce nouveau moteur est l’œuvre de George Kublin, l’ingénieur en chef d’Auburn[2], et il est, bien entendu, fabriqué par Lycoming. Il s’agit d’un douze cylindres en V, ouvert à 45° et d’une cylindrée de 6 407 cm3 (79,4 mm x 107,95 mm). Il pèse 498 kg. A 3 500 tr/mn, il développe 160 chevaux. De façon assez originale, les soupapes sont disposées à l’horizontale. Elles sont commandées par des culbuteurs actionnés depuis un arbre à cames central. Les chambres de combustion forment des poches profondes au-dessus des cylindres. Ces derniers, enfin, possèdent des chemises humides démontables, de sorte que l’on peut accéder aux soupapes sans démonter les culasses. L’alimentation est confiée à des carburateurs Stromberg à double corps. Le pont arrière Columbia peut être équipé de deux rapports synchronisés (4.55:1 et 3.04:1). Enclenchable au-dessus de 65 km/h, ce pont permet de disposer d’une boîte à 6 vitesses ! Le châssis en X est établi sur un empattement de 3,35 m et des voies de 1,52 m à l’avant et de 1,57 m à l’arrière. Le freinage est assuré par un système hydraulique Lockheed.

Carrosseries

1932 auburn convertible sedan

Convertible Sedan

Comme les autres Auburn, la V12 est proposée dans le choix des six carrosseries dessinées par Al Leamy, le styliste d’Auburn ; un coupé, un Brougham, une sedan, un cabriolet, un phaéton et la fabuleuse Boattail Speedster, expression ultime du style Auburn en 1932. Le style des carrosseries est très pur, avec des lignes simples, classiques et élégantes ;  il reprend en un peu plus grand (une sedan mesure 5,10 m) celui des Auburn à 8 cylindres. Il ne connaît aucune grande modification au cours de la production, et en particulier, les ailes ne reçoivent pas de bavolets et les côtés des capots conservent leurs ouïes semi circulaires. Seul le Speedster se démarque nettement du reste de la production d’alors par son arrière en forme de pointe de bateau.

1932 auburn cabriolet de james cagney

James Cagney au volant de son Cabriolet

Performances

Pesant près de 2 200 kg, une Auburn V12 peut rouler à près de 150 km/h. Fidèle à son sens de la publicité, Cord demande au pilote Wade Morton de battre plusieurs records de vitesse moyenne sur le lac asséché de Muroc, en Californie. Au cours de ses différentes tentatives, Morton bat 37 records, dont certains ne seront battus qu’après la seconde guerre mondiale. En 1932 et en 1933, le Speedster V12 remporte le championnat américain des voitures de production, qui comprend des épreuves de 2.000 km à des vitesses de l’ordre de 190 km/h.

1932 auburn speedster

Speedster

Carrière commerciale.

1932 auburn coupe

Coupé

L’Auburn V12 reste un cas isolé dans la production américaine. C’est en effet la moins chère de toutes les 12 cylindres présentes sur le marché. La gamme est divisé en deux séries ; Standard et Custom, à la finition plus raffinée (elles sont référencées 12-160 et 12-160A par l’usine, conformément à la nomenclature de la marque qui indique le nombre de cylindres et la puissance du moteur). En bas de gamme, le Standard Coupe est affiché à 975 $, alors qu’à son extrémité, le Custom Speedster est affiché à 1 275 $. C’est quatre fois moins cher que les autres 12 cylindres et c’est la gamme de prix d’Oldsmobile, de Dodge ou de Nash … et à ce prix là, il ne s’agit que des modèles à 6 cylindres ! L’Auburn fait ainsi figure d’étrangeté et malgré d’indéniables qualités, elle ne rencontre pas le succès escompté : les clients traditionnels de la marque hésitent à se séparer d’un fidèle 8 cylindres pour flirter avec un V12 plus complexe et inconnu, alors que l’aristocratie américaine l’évite parce qu’elle fait trop nouveau-riche.

1933 auburn 12 165 speedster

Auburn 12-165 Salon Speedster

En 1933, une nouvelle série, la Salon, apparaît (elle est référencé sous le numéro 12-165 par l’usine, la Standard devenant 12-161 et la Custom 12-161A). Il s’agit d’une version plus luxueuse que les Custom. Les prix augmentent et s’échelonnent de 1 145 $ pour le Standard Coupe à 1 845 $ pour le Speedster Salon.

En 3 ans, la production de l’Auburn V12 atteint 2 240 exemplaires. Elle se situe ainsi à mi chemin entre celle des marques soutenues par de grands groupes (Cadillac et Lincoln) et les constructeurs indépendants (Packard, Pierce Arrow, Franklin).

Mais devant le manque de résultats, le nouveau patron d’Auburn, Harold T. Ames, décide de tout reprendre à zéro. Pour 1935, il supprime tous les modèles et se recentre sur une nouvelle 8 cylindres. Pourtant, la carrière du V12 ne s’arrête pas définitivement. Réalésé à 8 627 cm3, il connaît une nouvelle vie sous le capot des véhicules d’incendie American-LaFrance jusqu’au début des années 1960.


[1] Cf. le chapitre consacré à la Cord L-29 ci après.

[2] Mais Cord sait habilement exploiter tous les talents des personnes travaillant dans son groupe, et les échanges de compétences sont nombreux entre les différentes firmes du groupe.

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