L'envol des ailerons (1957-1963)

1957 est une année charnière chez Cadillac, avec d’importants changements techniques et une nouvelle ligne de carrosseries. L’innovation technique la plus importante est le nouveau châssis à section centrale en forme de X qui améliore la rigidité. Les carrosseries peuvent ainsi être montées plus basses et le plancher est abaissé de plus de 7 cm. La puissance des moteurs de base est de 300 ch SAE alors que les modèles Eldorado reçoivent un moteur de 325 ch SAE à deux carburateurs quadruple corps. Des améliorations sont apportées à la direction, aux freins et à la transmission Hydra-Matic. Les performances sont excellentes en dépit d’un encombrement et d’un poids supérieurs. La consommation d’essence reste relativement modérée. Les nouvelles carrosseries présentent un capot large et plat, une calandre en « cage d’oeuf » plus large et plus basse, des pare-chocs avants proéminent en ailes de mouette rehaussés de gardes en forme d’obus aux embouts caoutchoutés appelés « Dagmar ». A l’arrière, les modèles de base héritent des ailerons rapportés des Eldorado ‘56, mais plus bas, plus long et légèrement plus inclinés vers l’avant. Les feux arrières sont ronds et sont montés à la base des ailerons, au dessus des sorties d’échappement installées dans le pare-chocs arrière. La version berline de la 60 Spécial est remplacée par une version à 4 portes sans montant. Mais les Cadillac les plus sportives demeurent les deux Eldorado; le coupé sans montant Séville et la décapotable Biarritz. Chacune coûte 7.826 $. Ces modèles continuent d’utiliser les roues moulées à rayons « sabre » introduits en 1955. Le style de la face avant des Eldorado est un peu différent de celui des modèles de base mais le traitement de l’arrière est tout à fait particulier. Les pare-chocs sont en aluminium poli et ils enveloppent les bas de caisse jusqu’aux passages de rouies arrières. La plaque d’immatriculation prend place au centre du bas de la face arrière, dans un logement particulier situé entre les deux moitiés de pare-chocs. Les ailes arrières sont surmontées d’ailerons pointus aux bords chromés, placés légèrement en abord des bouts des ailes. La plupart des équipements proposés en option sur la gamme normale sont montés en série sur les Eldorado, à l’exception des vitres teintées et de la climatisation.

L’Eldorado Brougham.

1957 brougham 1

La Cadillac Eldorado Brougham de 1957 reste un des modèles les plus extraordinaires produits par la division. Proposée à 13.074 $, ce modèle à 4 portes sans montant est la réponse directe de la GM à la Continental Mark II de Ford apparue l’année précédente. En espagnol, Eldorado signifie « le doré »; le nom s’applique entièrement à cette luxueuse et flamboyante voiture. Elle présente en effet plus de chromes et d’équipement qu’aucune autre voiture américaine de l’année; certains la décrivent comme le « Las Vegas » sur roues! Au choix du client, les moquettes sont soit en Nylon soit en pure laine vierge. Sa carrosserie est unique dans la gamme. Les freins à disque aux quatre roues sont une exclusivité du modèle. Son toit en acier brossé inoxydable n’est qu’à 1,41 mètre du sol. La suspension est assuré par un système pneumatique actionné par un petit compresseur disposant de son propre moteur électrique. Les pneus sont les premiers modèles à flancs blancs étroits (un pouce) de l’industrie. La voiture est entièrement « assistée »; direction, freins, le réglage des sièges et les vitres sont à commande électrique. Parmi la liste des es équipements, on trouve un coffret de maquillage personnalisé, un distributeur de mouchoirs en papier, un service de six verres en métal argenté et aimanté dans la boite à gants, un étui à cigarettes, un atomiseur à parfum « Arpège » et une glace de maquillage dans l’accoudoir de la banquette arrière. En un mot, le modèle d’exposition présenté au Motorama de l’année précédente vient de devenir un modèle à part entière de la gamme Cadillac, en vente chez votre concessionnaire!

Une année de transition.

060 cadillac fleetwood sixty special sedan 1958

Les modèles de 1958 ne font que poursuivre la tendance de style de cette fin des années 50. Capot court, coffre arrière allongé et abondance de chrome sur des carrosseries « plus longues, plus larges, plus basses »! Les quatre phares avant sont désormais autorisés dans tous les états et ils équipent tous les modèles.. La taille des gardes de pare-chocs « Dagmar » est réduite et ils sont repoussés un peu plus vers l’extérieur. La calandre est plus large et plus étincelante. Les ailerons sont montés légèrement plus en arrière. La suspension pneumatique fait fureur pendant deux courtes années, elle est disponible en option en 58. Les panneaux arrières de bas de caisse des modèles de base sont décorés de stries de chromes. La 60 Spécial possède des jupes d’ailes et continue d’utiliser une applique en aluminium rayé sur la partie inférieures des ailes arrières et une partie des portes arrières. Les intérieurs sont aussi luxueux que les noms de leur capitonnage sont exotiques; il y a le traitement marocain, le traitement tunisien et quelque chose baptisé « Elascofab ». Le moteur de base offre 310 ch SAE et une version de 335 ch SAE  à trois carburateurs double corps est proposée en option, sauf sur les Eldorado où il est monté en série. Cependant, bien qu’ils soient en apparence totalement différents des modèles ‘57, les modèles ‘58 utilisent encore le même châssis.

1958 2 millionieme cadillac

L’envol des ailerons.

Le sommet du délire est atteint avec les énormes ailerons de la gamme redessinée de 1959. Ailerons les plus hauts de l’industrie, ils possèdent des doubles feux arrières taillés en forme de balle et ressemblent aux ailes d’un vaisseau spatial. Bien que personne ne se soit amusé à les mesurer, ils sont probablement plus hauts que ceux dessinés par Virgil Exner pour Chrysler. Extravagants, leur excès les condamnent l’année même. En cette fin des années 50, le public commencent à se lasser des ailerons, même si certains vont perdurer quelques années encore. Le style radical de ces ailerons occultent le travail considérable effectué sur le reste des carrosseries. L’empattement est porté à 3,30 mètres. Le pare brise panoramique est à double incurvation et rentre légèrement sur le toit. La calandre est divisée par une épaisse barre horizontale et est parsemée d’une multitude de petites balles. Cette calandre (en réalité une applique) est reprise à l’arrière au dessus du pare-chocs. Toutes les berlines de 1959 sont sans montants. Cadillac essaie de satisfaire les goûts de tout le monde en proposant un choix de deux lignes de toit; avec 4 ou 6 glaces. Le modèle à 4 glaces ne dispose pas de custode à l’arrière. La lunette arrière est enveloppante et la ligne de toit est rectiligne et s’étend un peu au delà du pilier arrière. Le modèle à 6 glaces, lui , possède une vitre de custode à l’arrière qui s’incurve en pente douce vers le haut , sur le toit. De nouveau, la 60 Spécial arbore son panneau latéral arrière distinctif, mais tous les modèles ont des jupes arrière. La puissance des moteurs augmente encore; 325 ch pour les modèles de base et 345 pour les Eldorado. La direction assistée « Saginaw » est montée en série sur toute la gamme. Les Eldorado changent leurs roues en aluminium au profit d’un modèle en acier commun aux modèles inférieurs.

Pour les saisons 59 et 60, l’Eldorado Brougham reçoit une carrosserie entièrement redessinée en Italie par Pininfarina, où la voiture est assemblée à la main. La voiture revient plus cher à fabriquer car aucunes des pièces de la carrosserie, aucune vitre et aucun accessoires n’est interchangeable avec un autre modèle. La Brougham partage cependant ses éléments mécaniques, son soubassement, son tableau de bord, son volant, ses roues, ses jupes, ses pare-chocs et ses blocs optiques avec les modèles Fleetwood. Mais la voiture est plus petite et moins large. Malheureusement, ces Brougham italiennes souffrent d’une moins bonne qualité d’assemblage que les modèles ‘57 et ‘58. Une quantité importante de plomb doit être utilisée pour réparer les défauts des carrosserie et ce traitement fait souvent craquer les peintures. Les voitures continuent d’utiliser la suspension pneumatique dont la fiabilité est faible, et elles sont vendues aussi cher qu’en 58.  Cette version est moins produite que son prédécesseur; 99 exemplaires en 59 et 101 en 60. L’Eldorado Brougham se retire à la fin de 1960. Elle reste l’un des rares modèles des années 50 à n’avoir apporter aucun profit à la division.

Atterrissage en douceur.

Le style de 1960 est une version aseptisée de celui de 1959. Les doubles feux arrières des ailerons disparaissent au profit de fines lames rouges sur les bords arrières des ailerons, qui sont plus bas et moins exubérants qu’avant. Tous les modèles de 1960 utilisent moins de chrome, même si la calandre demeure chargée avec ses petites balles disposées en un motif contre haché. Les ornements des ailes avant deviennent fonctionnel et se doublent d’emplacements pour clignotants. La 60 Spécial adopte un recouvrement de toit en vinyle assorti à la couleur de la carrosserie et elle abandonne son enjoliveur latéral arrière. Le coupé sans montant Eldorado Séville fait une dernière apparition (on différencie les Eldorados ‘59 et ‘60 des autres coupés Cadillac par les inscriptions « ELDORADO »  placées sur les ailes avant et par leurs enjoliveurs généralement plus voyants). Les accessoires continuent à proliférer comme le régulateur de vitesse, la climatisation, la fermeture centralisée des portières, les feux antibrouillard et la suspension pneumatique.

L’effondrement des ventes à la fin des années 1950 amène l’industrie à conduire un retournement complet de ses habitudes de style et d’étoffement des modèles. Cadillac change son style en conséquence et adopte pour 1961 des modèles plus petits mais au style plus agréable et plus sculpté. Les ailerons sont toujours là, mais ils sont plus bas qu’avant. Toutefois, d’étranges ailerons jaillissent au bas des ailes arrières. La calandre, toujours reconnaissable, est désormais convexe et contient les phares avant. Le capot et les ailes avant sont maintenant à la même hauteur et forment une surface plane sur toute leur largeur. Mais 1961 est une année de remise en cause du marché, même pour le marché du luxe. Et si la production de Cadillac dépasse largement celle de tous ces rivaux, le niveau des ventes de l’année chuter de 4.00 unités. De 1961 à 1966, la division décide de donner un coup de frais aux séries Eldorado et seule la version décapotable est inscrite au catalogue. Mais cette Eldorado n’est qu’un dérivé aux détails près de la Série 62 décapotable. La Série 62 elle reçoit l’appoint d’une nouvelle carrosserie; une berline sans montant identique aux modèles à 4 ou 6 glaces mais dont le coffre est tronqué pour réduire la longueur de la voiture de 18 cm, ce qui lui donne une apparence des plus bizarres.

Les prix de 1961 s’étendent de 5.080 $ pour la berline 62 à 6.477 $ pour l’Eldorado Biarritz; la limousine Fleetwood 75 coiffe la gamme à 9.748 $. La climatisation est facturée entre 474 et 624 $ suivant les modèles. La direction est améliorée pour une meilleure manoeuvrabilité et des améliorations sont apportées à la suspension et au freinage.

Fidèle au cycle de remplacement des carrosseries de deux ans instauré à la GM, Cadillac conserve les mêmes modèles en 1962. Toutefois, les arrières reçoivent une simili-calandre ainsi que des enjoliveurs qui avaient disparus en 1960, réminiscence des années passées. La calandre quant à elle est de nouveau redessinée; elle est plus plate et la combinaison des feux de position et des antibrouillards intègre le pare-chocs au dessous des doubles phares. Les rappels de feux latéraux figurent pour la première fois sur la liste des options. Ils sont montés sur la partie antérieure des ailes avant et s’allument automatiquement quand les clignotants sont actionnés pour éclairer les zones situées sur les cotés avant et arrière de la voiture. Nouvelle mesure de sécurité, le système de freinage dispose d’un double circuit pour les pistons, conduites et réservoirs d’huile séparés pour l’avant et l’arrière. Si un frein lâche, le conducteur peut ainsi arrêter son véhicule. Plus tard, cet équipement va devenir obligatoire pour tous les véhicules vendus aux Etats Unis. La série 62 à coffre court reçoit un nom propre, « Town Sedan » (berline de ville) , qui la distingue des modèles à taille normale. Et un nouveau modèle à coffre court apparaît dans la série De Ville, la « Park Avenue ». C’est la première fois que Cadillac distingue la Série 62 de la série De Ville, la seconde devenant une version plus luxueuse et plus chère que la première. Un Coupé 62 par exemple vaut 5.025 $ alors qu’un Coupé de Ville en vaut 5.385.

Fidèle à son cycle bisannuel, Cadillac redessine complètement sa gamme pour 1963. Les changements mécaniques sont également nombreux. La ligne de toit est ainsi entièrement nouvelle. Son aspect est remarquable sur les coupés. Les dessinateurs ont allongé le coffre arrière de 18 cm en réduisant l’inclinaison de la lunette arrière, ce qui permet de conserver l’habitabilité du modèle; De façon générale, les voitures apparaissent plus grand, avec un capot nettement défini et des ailes avant plus longue. Le traitement à double étage de la calandre rappelle le style de 1959, mais il semble mieux maîtrisé. En haut de la gamme, la 60 Spécial offre en option un intérieur en cuir. Le toit vinyle est disponible désormais sur le Coupé De Ville. Les ailerons s’abaissent encore et leur disparition semble inéluctable. En dehors de la série 75, tous les modèles reçoivent un nouveau pare-brise. De nouvelles options sont proposées : volant à inclinaison réglable, radio AM-FM, climatisation à panneau de contrôle. Un nouveau V8 apparaît, plus court et plus étroit que son prédécesseur.

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