L'âge d'or (1930-1942)

1931 embleme

Les modèles de 1930 ne sont pas tellement différents de ceux de l’année précédente. Le changement le plus important pour la division concerne son niveau de ventes; il y a 7.000 voitures vendues de moins qu’en 1929 ! Mais Cadillac continue de proposer une gamme pléthorique aux acheteurs.

1930 355 formal town car

La gamme des huit cylindres offre un choix de 7 carrosseries Fischer et de 14 carrosseries Fleetwood, et on ne parle pas des châssis à 16 cylindres ou de la sous division La Salle. Le moteur V8 utilise un bloc en trois pièces et un vilebrequin en aluminium. Bien que lourde et compliquée, cette technique, coûteuse de surcroît, reste utilisée jusque en 1933. Il développe 95 ch. et la transmission est semi synchronisée. Le châssis est établi sur un empattement de 3,56 m. Les prix sont élevés : un phaéton Fleetwood « tout temps » coûte 4.700 $.

1931 355a town sedan

Model 355 A Town Sedan, 1931

Le style ne change pas pour 1931. Le capot possède cependant cinq volets verticaux sur chaque coté en lieu et place des grilles d’aération et l’empattement est ramené à 3,40 m. Le moteur reste le même. Les roues conservent leur diamètre de 19 pouces, mais la dimension des pneus est réduite, et des roues de 18 pouces sont disponibles en option. Le tarif n’est pas modifié et les ventes continuent de chuter, en dépit des efforts consentis par la société de crédit de la GM, la General Motors Acceptance Corporation (GMAC). Cadillac a pourtant un bon style et la division continue de proposer un vaste et embarrassant choix de carrosseries. Mais les temps sont durs. Et Cadillac n’est pas le plus mal loti des constructeurs de luxe. Alors que Packard et Lincoln sont obligés d’ajouter des modèles de prix moyens à leurs gammes, Pierce Arrow et Franklin doivent cesser leurs activités durant ces années sombres. Si Cadillac était un indépendant comme Pierce Arrow, son sort serait identique. Mais grâce au soutien de la vaste et puissante GM, la division survit en raison des bénéfices dégagés par Chevrolet notamment. Il faut se souvenir que jamais la GM n’a perdu d’argent durant ces années, contrairement à la croyance populaire.

La vogue de l’aérodynamisme.

1932 cadillac v8 town sedan

Model 355 B Town Sedan, 1932

Les modèles de 1932 reçoivent un dessin entièrement nouveau et leur équipement est enrichi. Les lignes des carrosseries et des ailes se sont arrondies. Les ailes s’élargissent vers le bas et se fondent harmonieusement dans des marchepieds incurvés. Esthétiquement, les nouvelles roues plus petites donnent aux voitures une allure plus basse et plus élancée. Ce qui est accentué par les formes en ogive des feux et des phares avant. Le tableau de bord est nouveau, et sur les modèles fermés les portes peuvent être fermées de l’intérieur. La multitude habituelle de carrosseries reste disponible, mais c’est la dernière année du fringant Roadster. Les innovations mécaniques sont nombreuses. la puissance du V8 est portée à 115 ch du fait d’un nouveau dessin des collecteurs d’échappement. Les freins reçoivent un dispositif d’assistance à dépression. Le différentiel et le pont sont plus légers. Les amortisseurs sont réglables. La transmission reçoit des pignons hélicoïdaux pour réduire le bruit des changements de vitesse, et en option, elle peut être équipée d’une roue libre. Parmi la liste des options, on trouve également des enjoliveurs de roues entièrement chromés et prévus pour recouvrir entièrement les roues à rayons, ainsi que des chauffage fonctionnant tant à l’eau qu’à l’air et tarifés respectivement 27,50 $ et 34,50 $. En dépit de son élégante gamme, le niveau de ventes de Cadillac chute encore : moins de 3.000 V8 sont vendues en 1932, chute importante en regard des 11.000 exemplaires vendus en 1931. Et les choses empirent en 1933, avec 2.100 voitures seulement.

1933 355c sedan

Model 355 C Sedan, 1933

Ironiquement, les Cadillac continuent de s’améliorer pendant ce temps. Et le nouveau style de 1933 en fait presque les plus belles voitures en circulation sur les routes. Le dessin est désormais très fluide. Les rainures horizontales du capot sont accentuées par des enjoliveurs chromés. La calandre en étrave est peinte au ton de la carrosserie. Les avertisseurs et les montants de phares sont réunis en une seule pièce. Les ailes portent des jupes latérales et complètent les lignes douces de la carrosserie. Sur les conduites intérieures, le pare-brise est en une seule pièce fixe ; l’année précédente, il était monté sur gonds et pouvait s’entrouvrir par le bas pour la ventilation. Du fait de l’apparition d’un système de ventilation plus efficace, ce n’est plus nécessaire en 1933. Ce système est constitué par un orifice percé à travers le pavillon qui amène l’air frais à l’intérieur et sur les déflecteurs des vitres avant. Seize carrosseries Fischer et Fleetwood sont disponibles aussi bien sur le châssis V8 que sur le châssis V12. Enfin, les modèles V8 bénéficient du freinage à dépression des modèles supérieurs.

Mais des changements doivent survenir pour que la division survive. La GM sait qu’elle doit réduire les gammes de chacune de ses divisions et qu’elle doit réaliser des économies. Pour remettre Cadillac sur la voie du succès, un nouveau directeur général est nommé en 1934. C’est sous la conduite de Nicholas Dreystadt (né en Allemagne en 1890 et qui a travaillé chez Mercedes-Benz avant d'émigrer aux Etats-Unis) que la division devient « une norme pour le monde entier » et la firme dominante du marché de luxe.

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De gauche à droite : Charles Kettering, Alfred Sloan et Nicholas Dreystadt

Un redressement progressif.

1934 355 d town coupe

Model 355 D Town Coupe, 1934

La ligne de 1934 est largement modifiée par Harley Earl. Trois empattements sont proposés : 3,25 m, 3,46 m et 3,71 m. Le modèle de base est constitué par la Série 10, dont les lignes rappellent celles de la Buick. Le style général des voitures est inspiré par le « Coupé aérodynamique V16 » dessiné par le studio Art & Colour et présenté à l’exposition universelle de Chicago en 1933.

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Première voiture de type « fastback », ce modèle inspire des versions similaires sur châssis V8 construits sur demande entre 1934 et 1937. La nouveauté du dessin de 1934 réside dans un élargissement de 10 cm des caisses. Les ailes avant sont de type « ponton » et elles sont mises en valeur par de superbes pare-chocs à double lames inspirés par les ailes des avions biplans. Ces pare-chocs sont montés sur amortisseurs. Les cornes d’avertisseurs sont désormais dissimulées sous le capot, et sur certains modèles, les soues de secours sont reléguées dans le coffre arrière. Au niveau de la mécanique, la nouveauté provient de la suspension avant indépendante « Knee Action » mise au point par Maurice Olley et commune à tous les modèles GM. Grâce à cette suspension, le châssis est redessiné et le moteur peut être avancé de plus de 20 cm. De fait, l’habitacle peut être allongé sans toucher à l’empattement. La direction est modifiée et une barre de torsion est ajoutée à l’arrière pour améliorer la tenue de route. Grâce au nouveau châssis en X et à une transmission Hotchkiss, le tunnel de transmission est plus bas. Comme la poignée du frein à main est reléguée sous le tableau de bord, l’espace disponible à l’avant est impressionnant. Enfin, autre nouveauté, le démarreur est commandé par un bouton. Du coté du moteur, les nouveautés concernent les doubles ressorts de soupapes, les pistons en alliage d’aluminium et de lignite et un taux de compression plus élevé. La puissance du V8 atteint 118 ch et un starter semi-automatique permet de réduire la consommation. Le public répond favorablement à la nouvelle gamme ; le déclin des ventes est renversé.

1935 series 30 355d fleetwood town sedan

Model 355 D Fleetwood Town Sedan, 1935

Après les nombreuses modifications opérées en 1934, Cadillac propose une gamme très similaire l’année suivante. Cependant, les pare-chocs à double lames sont trop onéreux à produire. Ils sont remplacés par des pare-chocs à simple barre plus conventionnels. Coté mécanique, une barre stabilisatrice est ajouté à la suspension avant, et le taux de compression du V8 est réduit.

Puissance et raffinement.

1936 series 70 fleetwood touring sedan

Series 70 Fleetwood Touring Sedan, 1936

Pour 1936, les Cadillac sont redessinées et le V8 est changé. La gamme s’articule autour de trois Séries, la 60, la 70 et la 75. Les conduites intérieures sont réalisées à partir de la caisse tout acier « turret top » de la GM.

1936 turret top

Les ventes de la divisions se rétablissent rapidement. La politique de la GM est de réaliser des économies d’échelle en rationalisant l’interchangeabilité des composants entre ses divisions. Mais si les gammes  GM se ressemblent, celle de Cadillac s’en démarque grâce au travail des stylistes de la marque, travail dont va bénéficier le reste du groupe. La grande nouveauté de 1936 est le V8 « monobloc ».

1936 monobloc v8 1

Ce moteur, dont l ’étude remonte à 1932, est souple, puissant et silencieux. Il demeure en production jusqu’en 1948. Il hâte quelque peu l’arrêt du V12. Son bloc est en fonte, en un seul morceau et est moins coûteux à produire. Les collecteurs d’échappement sont recouverts de porcelaine et les poussoirs de soupapes sont hydrauliques. Toujours en 1936, les Cadillac sont équipées de freins hydrauliques. Ses freins sont davantage efficaces grâce à l’allégement du moteur, un renforcement du châssis et une amélioration de la suspension avant. Bien que plus étroit, le radiateur procure un refroidissement supérieur de 10% à l’ancien modèle. Ce nouveau radiateur permet de réduire la largeur de la calandre. Le pare-brise est dessiné en deux parties en étrave.

1936 series 60

Series 60, 1936

La Série 60, basée sur un empattement de 3,07 m, partage sa caisse avec les plus petites des Buick et des Oldsmobile. C’est la moins chère des Cadillac qui est proposée depuis 1908. En haut de gamme, les Séries 70 (empattement de 3,23 m) et 75 (empattement de 3,50 m) sont proposées en 14 carrosseries différentes par Fleetwood. La qualité des Cadillac est à son summum dans cette période d’avant guerre. Les voitures allient puissance et raffinement.

1937 series 60 coupe

Series 60 Coupe, 1937

Les modèles de 1937 sont présentés en octobre 1936. Leur capot et leur calandre sont redessinés. Les intérieurs sont plus originaux et plus luxueux que leurs prédécesseurs au style très austère. Les nouveaux modèles pèsent 113 kg de moins que ceux de 1936. La grande partie de ce gain est réalisée sur le moteur et la transmission, même si le bloc du V8 vient d’être renforcé. Un nouveau carburateur Stromberg à starter automatique est adopté et toutes les voitures disposent de la même cylindrée (la Série 60 de 1936 avait une cylindrée inférieure aux autres modèles). Les freins sont désormais hydrauliques. Avec son moteur plus gros, la Série 60 de 1937 est un véritable foudre de guerre. Elle continue de partager sa caisse avec Buick, bien que son empattement soit porté à 3,15 m. Elle se situe dans la gamme des prix moyennement élevés, juste au dessus des La Salle. Le reste de la gamme de 1937 comprend la Série 65, proposée uniquement en version berline par Fischer, et les Séries 70 et 75, disponibles en carrosseries Fleetwood comme l’an passé.

Une nouvelle race de voitures.

1938 60 special

 Series 60 Special, 1938

Le style est la priorité pour 1938. De la planche à dessin du jeune William Mitchell apparaît un nouveau modèle, la berline 60 Special. Cette voiture va rapidement démoder tout ce qui roule sur les routes de cette époque. Elle va influencer le dessin automobile sur plus d’une génération de dessinateurs. Elle inaugure à elle seule un concept entièrement nouveau ; celui de la voiture complète. Longue et  basse, elle renonce aux marchepieds. Son coffre arrière se fond dans la ligne de la carrosserie. Les montants de toit sont extrêmement minces et permettent aux portes et au pare-brise d’être plus larges que sur n’importe quelle autre voiture de classe équivalente. De fait, la visibilité est grandement améliorée. Ses montants très minces, quoique très résistants, sont recouverts de métal brillant, ce qui donne à la voiture une allure de décapotable non ouverte. Avec son mélange de style et de technique, la 60 Special surpasse toutes les autres Cadillac au niveau des ventes, bien que 1938 soit une année de récession et que le volume des ventes du marché s’effondre. Le reste de la gamme bénéficie également d’un nouveau style. Les modèles V8 proposent désormais une habitabilité supérieure grâce à des empattements allongés et à un châssis abaissé. La calandre est élargie, le capot est plus massif; c’est un changement radical de tendance par rapport aux modèles de 1936 et 1937. Les ailes avant deviennent plus larges et les phares sont positionnés plus bas, entre les ailes et les rebords de la calandre. Pour la première fois, le capot se bascule d’avant en arrière, avec des gonds placés près du pare-brise. A l’intérieur, tableau de bord et habitacle sont redessinés sur toute la gamme. Le volant est nouveau, et le levier de changement de vitesse passe sur la colonne de direction. Mécaniquement, la transmission est hypocycloïde et les ressorts de suspension sont repositionnés. Les prix vont de 1.695 $ pour la Série 60 à 5.115 $ pour la Série 75 sur empattement de 3,58 m.

 1939 series 60 special

Series 60 Special, 1939

L’année 1939 voit apparaître des nez en pointe pour tous les modèles de la GM. La face avant est traitée en trois parties : une calandre centrale flanquée de petites calandres de part et d’autre juste en dessous des phares. Les ventes s’améliorent. La gamme V8 s’articule toujours sur trois modèles, mais les dénominations évoluent. La Série 61 remplace la Série 60, la Série 70 est supprimée, la 60 Spécial devient un modèle à part entière, et la Série 75 est maintenue. Comme la 60 Special, la Série 61 abandonne les marchepieds, qui restent disponibles en option, et est équipée d’un toit ouvrant coulissant. Toutes les Cadillac de 1939 reçoivent un nouveau tableau de bord, une antenne radio électrique, des protections en caoutchouc sur le pare-chocs arrière et un overdrive appelé « controled-action ride ». Le support arrière de la plaque d’immatriculation est replacé au centre du couvercle de malle. Enfin, les modèles décapotables à spider arrière disparaissent de la gamme.

1940 series 60 sedan

Series 60 Sedan, 1940

Les modèles de 1940 ne subissent que quelques aménagements mineurs. Les barres de la calandre sont plus épaisses et les feux de position sont placés au sommet des ailes avants. Les clignotants sont montés en série. La Série 62 remplace la Série 61. Elle est offerte avec deux nouvelles carrosseries découvrables issues du studio Art & Colour, une berline et un coupé 5 places. Une Série 72 apparaît, comme version plus petite de la Série 75. Elle est équipée d’une direction à recirculation à billes. Enfin, 1940 est la dernière année où la Série 75 est proposée avec une gamme complète de carrosseries. Malgré que la Série soit poursuivies jusque dans les années 1980, elle ne devient disponible après 1940 qu’en berline à empattement long ou en limousine.

Une année phare.

1941 series 61

Publicité pour la Series 61, 1941

Les tout nouveaux modèles de 1941 affirment véritablement le statut de Cadillac comme symbole absolu du luxe en Amérique. Bill Mitchell réussit une difficile mais très adroite mise à jour de la 60 Spécial qui lance une mode que les autres constructeurs s’empressent de copier. Ses voitures ont de la classe; elles sont bien dessinées et leurs chromes ne semblent ni excessif, ni déplacés. Le valeureux V8 n’est pas modifié, ses 5,7 litres de cylindrée procurent une puissance respectable de 150 chevaux. Mais le châssis est rigidifié pour assurer une meilleure tenue de route. La gamme des modèles est à nouveau remaniée. Le choix du nombre d’empattements passe de cinq à trois, et en abandonnant la La Salle, Dreystadt  peut proposer une vraie Cadillac à un prix très concurrentiel de 1.445 $ : la Série 61. La série 72 est abandonnée également mais une Série 67 arrive ! Tous les modèles sont disponibles en une version découvrable qui avait préalablement été prévue pour la 60 Spécial. Cette carrosserie apporte des innovations intéressantes. Les phares avants sont implantés dans les ailes et non plus à leur sommet et la calandre s’étale sur toute la largeur de la face avant, dans le style « cage d’oeuf ». Les quatre ailes présentent des lignes de fuite rectilignes qui s’accordent agréablement aux contours arrondis de la caisse. Les emblèmes et les ornements sont si bien finis qu’ils ressemblent à des joyaux. Les accessoires abondent; enjoliveurs d’ailes, feux directionnels, feux de recul, lave-glaces, rétroviseurs et radio. Pour la première fois, la transmission automatique « Hydra-Matic » est disponible en option. C’est une année faste : 66.130 voitures sont vendues en 1941, soit 19.000 de plus qu’en 1940!

1942 series 60 special

Series 60 Special, 1942

La production de 1942 s’arrête rapidement pour faire face aux besoins de l’effort de guerre. Moins de 5.000 voitures sont construites pour l’année modèle. Le remodelage de l’année n’est qu’un aperçu des choses à venir. Les carrosseries sont plus fluides, les ailes avant, en forme de larme, s’avancent plus profondément dans les portières et les ailes arrières sont similaires. Les carrosseries de type « fastback » sont fortement mises en valeur, seule la Série 75 conserve une allure plus rigide. De la grande crise économique du début des années 1930 à l’entrée en guerre de l’Amérique, ce sont des dirigeants avisés et des ingénieurs talentueux qui conduisent Cadillac à de nouveaux sommets. La firme est devenue une norme de comparaison pour les acheteurs de voitures de luxe. Après son rôle éminent pendant la guerre pour produire des chars, des moteurs d’avions et des munitions, Cadillac va devenir plus puissant encore pour affronter le monde de l’après guerre.

1942 cadillac ad 03

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