L'après guerre (1945-1956)

1945 cadillac pub

Dans sa fameuse publicité « Le prix de l’excellence », Théodore Mc Manus écrit : « ce qui est bien ou grand se fait connaître de lui-même, qu’importe la force de la clameur du dénigrement. » Cette phrase seule peut être gravée dans le granit pour honorer le succès de Cadillac. Depuis des années, la presse automobile écrit que Mercédès-Benz a les modèles les mieux motorisés, Rolls Royce les mieux finis, Lincoln les plus soigneusement construits. Néanmoins, prononcez le mot « luxe » à la plupart des américains et la voiture qui leur vient immédiatement à l’esprit est la Cadillac. En particulier pendant les années qui suivent la seconde guerre mondiale.

Reprise des activités.

En 1947, la production annuelle de Cadillac dépasse celle de Packard pour la première fois depuis 1934. C’est significatif, car Packard, qui construit plusieurs modèles sensiblement moins chers que la moins chère des Cadillac, aurait du rester devant. Packard repasse son vieux rival en 1948 mais dès 1949, Cadillac reprend la tête et y reste en 1950. C’est la première année où la division construit plus de 100.000 voitures. Depuis, la suprématie de Cadillac sur le marché de luxe n’a jamais été sérieusement contestée. Les Cadillac des premières années de l’après guerre, comme celles qui étaient venues avant, apportent beaucoup de progrès aussi bien au niveau du style qu’au niveau de la technique. Les réalisations les plus significatives apparaissent en 1948, l’année des ailerons, et en 1949, celle du V8 à soupapes en tête. Même si les Cadillac qui suivent ont, depuis, rejoint les modèles de 1948 et de 1949 sur la liste des « must » des collectionneurs, ces deux modèles sont parmi les plus recherchés de tous, et pour plusieurs bonnes raisons. Ces deux événements n’arrivent pas immédiatement après la guerre. Comme les autres constructeurs après Pearl Harbor, Cadillac s’est reconverti pour produire des matériels de guerre. Quand les hostilités s’arrètent, il ne dispose que de son outillage de 1942. Ce dernier reprend du service à la fin de 1945 et les modèles de 1946 qui en résultent sont équipés du très éprouvé V8 à soupapes latérales de 5,7 litres et de la transmission Hydra-Matic en option.

1946 cadillac 60s

Les seulles modifications par rapport à 1942 touchent les pare-chocs, qui sont plus enveloppants, et les feux de positions, qui sont rectangulaires. Sept carrosseries différentes sont proposées sur quatre empattements. La 60 Special et son style élégant, qui a eut un tel succès avant la guerre, reste la plus chère des Cadillac, en dehors de la 75 à empattement long. Ces deux modèles portent des carrosseries Fleetwood, équipées à profusion et à la finition impeccable.

1946 cadillac 62 sedan

Durant l’exercice comptable abrégé de 1945, Cadillac construit 1142 voitures seulement. La production annuelle de 1946 monte à 28.000 unités, alors que la division ressent le besoin d’une demande refoulée de nouvelles voitures; plus de 100.000 commandes remplissent les carnets d’alors. 

1946 cadillac 62 conv

Peu de différences interviennent entre 1946 et 1947. Un emblème de capot ailé vient remplacer l’ancien V, les roues adoptent des enjoliveurs pleins et de nouvelles combinaisons de peinture et de selleries sont proposées.

1947 cadillac 62 sedan 1947 cadillac coupe

La gamme des modèles est quasiment une réédition de celle de 1946. La production commence maintenant à repartir à grande cadence; à la fin de l’année, Cadillac a construit près de 60.000 voitures. Le moteur est toujours le V8 latéral de 5,7 litres et de 150 ch. 

1947 cadillac 75

Le Président Truman devant la nouvelle Série 75 Limousine de la Maison Blanche.

Bien sûr, les modèles de 1946 et de 1947 ne sont que le prélude au double événement qui suit. En 1948, Cadillac lance une mode de style qui va durer quinze ans. En 1949, Cadillac dévoile le premier V8 moderne à soupapes en tête et à course courte, un moteur qui va être rapidement copié.

Un style de longue haleine.

P38

La plupart des amateurs d’automobiles n’ignorent pas que les ailerons de la Cadillac de 1948 ont été inspirés par le chasseur Loockheed P-38 Lightning de la seconde guerre mondiale. Mais peu d’entre eux savent que cet appareil singulier a inspiré d’autres équipements des Cadillac et des autres modèles de la GM dans les années d’après guerre. Encore moins se rendent compte que la Cadillac de 1948 lance une tradition de style qui a résisté plus longtemps que les ailerons, et qui est encore visible sur les modèles d’aujourd’hui : la calandre distinctive de Cadillac. Pendant toutes ces années, les dessinateurs automobiles sont fascinés par le dessin de certains avions. L’intercepteur Loockheed P-38 Lightning « Twin Tails » reste un avion particulièrement magnifique et Harley Earl s’en est quelque peu épris. Earl et son équipe en ont un premier aperçu en 1939 quand ils sont autorisés à examiner l’avion, alors secret, sur le terrain d’aviation de l’armée à Detroit; l’appareil est, en effet, équipé de moteurs Cadillac. De retours aux studios, Earl met ses hommes au travail sur des maquettes au 3/8° qui comportent des dizaines d’idées inspirées par l’appareil.

1948 cadillac projection

Parmi celles-ci, se trouvent les désormais célèbres ailerons arrières, inspirés par la dérive double du P-38. Le dessin original est du à Frank Hershey, né en 1907 et styliste chez GM depuis 1931 où il travaille d'abord chez Pontiac puis en Allemagne chez Opel avant la seconde guerre mondiale (il partira ensuite chez Ford où il travaille avec succès sur la Thunderbird). L'idée ne plaît cependant pas à Harley Earl ; quand il les voit pour la première fois, il lui demande de les supprimer. Mais le fait de personnaliser ainsi l'arrière des Cadillac plaît aux responsables de la GM, et Harley Earl finit par les accepter.

L’avion influence aussi le dessin de la face avant sur quelques modèles qui portent un nez bulbeux, en forme de balle, et des ailes avants au style ponton. Même les pare-brise ressemblent à celui du P-38, quelques uns adoptant un dessin très enveloppant annonçant les modèles de série de la GM de 1954 et 1955. Les écopes des moteurs du P-38 trouvent leur adaptation sur l’Oldsmobile Futuramic de 1948-49. Au fur et à mesure que le travail progresse sur la Cadillac de 1948, le nez bulbeux et les ailes ponton disparaissent pour faire place à des formes plus conventionnelles.

1948 series 62

Parlant de la philosophie du dessin de Cadillac, Harley Earl a dit une fois : « Un point fondamental que nous avons appris ... est de ne pas aller trop loin à la fois, mais de temps en temps, nous prenons un risque. » Les ailerons sont vraiment un  risque, mais il est très bien calculé. Earl avait constaté que l’un des principaux problèmes du dessin était de faire cesser les récriminations au sujet des Cadillac de 1942 à 1947 qui ressemblent trop aux modèles moins luxueux de la GM, en particulier aux Buick et aux Oldsmobile. « Nous voulons donner à la voiture un certain caractère, surtout à l’arrière, ce qui a été largement négligé par la plupart des dessinateurs contemporains », affirme Earl. Cette recherche d’identité des marques donne ainsi à Buick ses célèbres sabords de capot, et à Pontiac ses fameuses rainures de capot qui sont de plus en plus accentués après guerre. La face avant de la Cadillac de 1948 présente un thème de dessin plus durable : une calandre sur toute sa largeur avec une section centrale surélevée.

1948 cadillac grille

Sur les modèles de 1948, ce n’est qu’un modèle à grosses barres croisées, mais plus tard, il va se transformer en un fameux « sourire d’argent », extrêmement chromé et tourné en dérision par les critiques anglais (qui ne se sont jamais souciés de mesurer la surface de chrome utilisé sur une calandre de Rolls Royce). Cette calandre fait l’objet d’un modèle déposé. Elle demeure bien après que les ailerons ne disparaissent dans les années 1960 et reste visible sur les modèles d’aujourd’hui. C’est une idée qui convient à la voiture, et elle est une des plus jolie tradition de style de Cadillac.

1948 cadillac 60 special

La 60 Special poursuit sa propre tradition en 1948 mais elle n’est proposée qu’en version berline sur un empattement exclusif de 3,38 mètres. Comme avant, elle partage son appellation Fleetwood avec les Séries 75. Cette dernière aurait du avoir la même apparence nouvelle que le reste de la gamme, mais le coût d’amortissement des matrices d’avant guerre de cette série à production peu élevée oblige la division à poursuivre le vieux modèles de carrosserie jusqu’en 1950. Partageant les nouvelles lignes de la 60 Special sur un empattement de 3,20 mètres, les Séries 61 et 62 proposent toutes les deux une magnifique carrosserie fastback à deux portes baptisée « Sedanet ».

1949 cadillac 61 sedanet

Beaucoup de spécialistes, à l’intérieur comme à l’extérieur de la GM, affirment que ce type de carrosserie (utilisé par les autres division du groupe) est l’un des plus grands chef d’oeuvre de tous les temps. La très célèbre Bentley Continental de 1952 porte d’ailleurs une carrosserie assez semblable. La Série 62 est également proposée en une berline quatre portes et un coupé décapotable (à vitres électriques en série!). La Série 61, vendu environ 175 $ de moins que la 62, est confinée aux versions berline et Sedanet. le prix moins élevé de la 61 est obtenu grâce à un équipement intérieur moins élaboré. Le tableau de bord adopté pour tous les modèles de 1948 regroupe tous les cadrans en face du conducteur, dans un tambour protubérant.

1948 cadillac tableau

Cette disposition est abandonnée dès 1949 en faveur d’un tableau rectiligne, moins cher à construire. Le tableau retombe en pente douce pour s’arrêter juste au dessus du plancher recouvert de moquette. Des conduites sont aménagées dans les portières avant pour amener de l’air chaud aux buses de dégivrage des vitres latérales.

1949 assembly line 1

Le dessin de base de 1948 est reconduit en 1949 avec pour seul changement, une calandre plus scintillante ! Mais la grande nouveauté de l ’année reste le Coupé De Ville. Basé sur la Série 62, ce modèle, au même titre que ses équivalents Buick Riviera et Oldsmobile Holiday, a la caractéristique d’être le premier modèle sans montant (« hardtop ») de grande série de l’industrie américaine. Un Coupé De Ville expérimental avait déjà été construit sur l’empattement long de la 60 Special, mais il n’avait pas été mis en production.

Millionieme cadillac

Une mécanique qui décoiffe.

1949 cadillac v8

Il ne fait aucun doute que Cadillac a surpris tout le monde avec son style de 1948, mais personne, en dehors de la GM, ne s’attend à ce que la division réédite un coup d’éclat en 1949. Les origines du nouveau V8 datent d’avant 1936, quand on commence à étudier le remplacement du V8 latéral à longue course de 1915. Au début des années 1940, la technique du latéral atteint ses limites au niveau du taux de compression. Comme on s’attend à ce qu’une essence à indice d’octane plus élevé soit commercialisée, l’élaboration d’un nouveau moteur est nécessaire. Durant la semaine qui précède Pearl Harbor, des moteurs expérimentaux sont prêts à être essayés, mais l’effort de guerre retarde l’introduction du nouveau moteur jusqu’en 1949. Le programme de développement du moteur implique John F. Gordon, l’ingénieur en chef qui succède à Ernest Seaholm en 1943 et qui devient le directeur général de la division en 1946. Il y a aussi Harry F. Bars, futur vice président de la GM, et Edward N. Cole, qui remplace Gordon au poste d’ingénieur en chef et qui va devenir plus tard le président de la GM. Le cahier des charges du nouveau moteur est simple : il faut un moteur léger, à la longévité importante et au rendement optimal, ce qui implique un taux de compression allant de 7:1 pour l’exportation jusqu’à 12:1 pour le marché intérieur, des performances souples et une consommation faible. Toutes ces exigences sont réalisées, bien qu’il y ait fallu le temps. « Il est certain qu’aucun autre moteur n’a jamais été autant essayé » écrivent les ingénieurs en 1949. « Le moteur, dans sa forme finale, a parcouru bien plus d’un million de miles avant que la première Cadillac de 1949 ne soit présentée au public. Entre 1946 et 1948, plus de 25 moteurs sont construits pour être soumis aux essais les plus intensifs ... Un moteur expérimental et un moteur de série de 1949 tournent pendant plus de 100 heures avec l’accélérateur ouvert au maximum ... il ne se produit aucune usure appréciable ». Les premiers plans dressés pour ce nouveau V8 lui donnent une cylindrée de 5.064 cm3. Cependant, quand les premiers résultats du nouveau moteur Oldsmobile de 5031 cm3 sont connus (moteur développé de façon indépendante), les ingénieurs de la division augmentent sa cylindrée à 5425 cm3, une différence plus appropriée au marché de luxe. L’alésage et la course sont de 96,8 x 92,2 mm (dimensions carrées très modernes). A l’usage, le nouveau V8 est très souple à toutes les vitesses, grâce à un vilebrequin à cinq paliers. Il est plus petit, quelques soit la dimension, que l’ancien 346 (nom de l’ancien V8 de 5,7 litres i.e. 346 c.i.) et pèse 85 kg de moins. Il développe 160 ch, sept de plus que son prédécesseur. Comparé à son frère de chez Oldsmobile, il a une cylindrée supérieur de 10%, mais il fournit une puissance supérieure de 18,5 % tout en ne pesant que quelques kilos de moins. Il permet à toutes les Cadillac de dépasser le 160 km/h.

Bien qu’aucune d’entre elle ne ressemble à une voiture de sport, les Cadillac d’alors ont des performances extraordinaires. La Série 61 de 1950, légère et équipée d’une boite mécanique à 3 rapports et d’un rapport de pont de 3,77 , est la voiture de tourisme la plus rapide des Etats Unis. « J’en ai possédé une, en plus d’une nouvelle Jaguar XK 120 », raconte Edward Gaylor, pilote de course et constructeur de la luxueuse mais éphémère Gaylord, « la Cadillac est la plus rapide jusqu’à 145 km/h ... sa seule rivale en accélération est le petit coupé Olds 88 de 135 ch, mais le moteur Cadillac est considérablement plus efficace, à la fois en performances et en consommation ». L’appellation « Fordillac » devient populaire; la carrosserie des Ford se mariant bien au moteur Cadillac.

Fordillac

Dans les compétitions internationales, Briggs Cunningham, encouragé par Ed Cole, l’ingénieur en chef de la division, engage un Coupé De Ville proche de la série et un prototype à moteur Cadillac au Mans en 1950.Elles finissent aux 10° et 11° places du classement général, le Coupé De Ville précédant le prototype !

1950 le mans

Evolution en douceur au début des années 1950.

Le style ne change pas beaucoup au début des années 1950. D’après Bill Mitchell, le styliste montant du Art & Colour Studio de l’époque, l’allure générale des voitures est maintenue d’année en année. « Si la calandre est modifiée, les ailerons sont laissés sans changements; si les ailerons sont retouchés, la calandre ne bouge pas ». Jusqu’en 1953, les modifications restent au niveau du détail; le pare-brise en une pièce en 1950, les calandres auxiliaires sous les phares avant en 1951, un emblème de capot ailée en 1952, les pare-chocs « Dagmar » et les feux arrières en une pièce en 1953. De 1950 à 1953, la gamme des modèles ne change pas beaucoup par rapport à celle offerte en 1948 et 1949. La Série 62, qui représente la majorité des ventes de Cadillac, comporte une berline, une Sedanet, le Coupé De Ville et un cabriolet deux portes. La 60 Special reste en berline à empattement long, la Série 75 en limousine et en berline sur empattement de 3,73 mètres. Les berlines et Sedanet de la Série 61 sont vendus 350 $ de moins que leurs équivalents 62, mais ils disparaissent après 1951, Cadillac ne voyant pas d’intérêt à conserver ces versions de bas de gamme. Dès 1952, la division se concentre sur le créneau extrême du très haut de gamme du marché. La nouveauté la plus importante de 1953 est le cabriolet Eldorado ultra luxueux et à la production limitée. Il n’en est construit que 532 exemplaires au prix de 7.750 $, ce qui en fait la voiture américaine de série la plus chère de l’année. Elle annonce de grandes choses à venir pour les modèles courants de la GM en 1954, avec son pare-brise panoramique et son couvre-capote métallique. Depuis 1952, toutes les Cadillac reçoivent la transmission automatique Hydra-Matic en série. Mais quelques modèles de 1953 disposent de la transmission Dynaflow de chez Buick, suite à un incendie à l’usine Hydra-Matic de Willow Run (Michigan).

L’année 1954 est caractérisée chez GM par une révision totale des gammes Oldsmobile, Buick et Cadillac. Ces dernières deviennent plus grandes, plus larges, plus basses et plus puissantes. Les empattements sont de 3,28 m pour la Série 62, de 3,38 m pour la 60 Special et de 3,73 m pour la Série 75. Le moteur de 5,4 litres voit sa puissance atteindre 230 ch. L’Eldorado devient une voiture rentable au lieu de se cantonner dans son rôle de voiture d’image. Pour cela, elle reçoit une carrosserie moins exclusive dérivée du cabriolet de la Série 62, et son prix est ramené à 5.738 $. Le volume de ses ventes monte à 2.100 unités, nombre qui double en 1955. L’Eldorado retrouve ses détails de style distinctifs en 1955. Le plus remarquable d’entre eux est le traitement des ailes arrières, avec des ailerons taillés en pointe effilée et des petits feux arrières circulaires placés en dessous. Ils sont repris sur les modèles normaux de 1956. Pour 1955, ils conservent leurs ailerons traditionnels, qui sont devenus un symbole de la marque. En 1956, l’Eldorado est déclinée en deux versions; la décapotable « Biarritz », et le coupé « Séville ». Les deux sont tarifées à 6.556 $. Au passage, c’est la première fois que Cadillac utilise le nom de « Séville », bien que le nom soit déjà utilisé pour une berline sans montant de chez De Soto.

Une stratégie commerciale justifiée.

Les ventes de la division, qui atteignent pour la première fois les 100.000 exemplaires en 1950, continuent de croître jusqu’au milieu de la décennie. En 1955, Cadillac vend plus de 150.000 voitures. Pourtant ce n’est qu’une étape intermédiaire. La production franchit les 200.000 unités dans les années 1960, et les 300.000 unités dans les années 1970. La disparition en bas de gamme de la Série 61 en 1952 apporte un éclairage intéressant sur ces ventes. Désormais, Cadillac ne produit que des voitures de grand luxe. A l’opposé, Packard continue de produire une série à prix moyens baptisée 200 jusqu’en 1952 et Clipper à partir de 1953. Si ils représentent la majorité des ventes de Packard ces années là, ces modèles dévalorisent fortement l’image séculaire d’exclusivité de la marque. Une telle approche serait une hérésie pour Cadillac. Le marché de luxe est important, pourquoi considérer l’existence d’un modèle moins cher ? Bien entendu, Packard est un indépendant et ses séries 200 ou Clipper lui apportent les ressources nécessaires à sa survie. Mais la politique de Cadillac est confirmée par l’évolution des ventes. Durant toutes les années 50, la division surclasse commodément Packard, même en tenant compte des modèles économiques de ce dernier. S’il n’y arrive pas commercialement, Packard tentent de rattraper Cadillac à la fois au niveau du style et au niveau de la technique, dès 1948. cette année là, son style est lourd et boursouflé. Le huit cylindres en ligne à soupapes latérales de 5834 cm3 est souple et puissant, mais il est également très lourd. Handicapé par son dessin ancien; ce moteur ne peut pas lutter contre celui de Cadillac dans la course à la puissance qui s’engage. pour sa dernière année, en 1954, le huit en ligne de Packard développe 212 ch; le V8 Cadillac donne cette année là 230  ch et il grimpe à 270 ch en 1955 !

Lincoln ne représente pas une grande menace pour Cadillac non plus. En 1948, Lincoln conserve son style d’avant guerre et son moteur V12 manquant de puissance et de fiabilité. En 1949, le style change et le moteur est un V8 à culasses plates. Ni l’un ni l’autre ne sont aussi agréables que les propositions de Cadillac. Le V8 moderne à soupapes en tête n’arrive chez Lincoln qu’en 1952. Packard n’obtient le sien qu’en 1955. Cadillac n’a qu’à améliorer chaque année son moteur pour rester seul, en tête de la compétition. Quant à Chrysler, ce n’est qu’en 1957 qu’il propose une Imperial revitalisée pour tenter d’entrer sur le marché. Les modèles de luxe de Packard disparaissent en 1956, et la marque elle-même en 1958! En 1961, Lincoln fait une nouvelle tentative contre Cadillac avec sa nouvelle Continental, une voiture joliment dessinée et bien construite proposé en berline et en une superbe décapotable à quatre portes. Mais ni Lincoln, ni Imperial ne construisent plus de 40.000 voitures en une années, et leurs puissances restent bien inférieure.

 

 

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